L’artiste chercheur confiné…

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Bonjour à toi,

En ces temps confinables à l’infini, comme beaucoup d’artistes j’aurai pu publier mes animations artistiques sur Instapatatram ou sur Facederabook, comme beaucoup de musées et de galeries j’aurai pu vidéographier mon atelier sur Vipoufmeo ou Youtatronche, ou poster mes avis de médiateur éclairé en podcast intergalactique. Or je préfère la discrétion. J’ai opté pour ce court article sur mon site. Au milieu de l’agitation perpétuelle d’internet, que dire en effet? Pour ce qui est de l’art, je poursuis, comme possible, mes créations dans un espace confiné, me consacrant au dessin et à la post-production. J’illustre ce message d’un dessin de myosotis… Fleur discrète.

Ma discrétion est écologique: inutile de gaspiller de l’énergie pour nourrir le réseau numérique qui bouffe en ce moment inutilement des tonnes de ressources. https://la-fabrique-culturelle.sacem.fr/blog/societe-sacem/le-streaming-consommateur-denergie

Indépendamment de l’information présentée sur ce lien, je constate avant tout l’usage inconsidéré qui est aujourd’hui fait des réseaux numériques. Or, en réalité ils ne sont pas la solution miraculeuse pour un monde plus écologique. Le débat doit être ouvert. Pour aujourd’hui (ndlr: ce texte a été écrit début avril 2020, durant le confinement), inutile d’encombrer davantage le buzz et la nébuleuse de demi-vérités qui gravite sur internet, pendant que meurent tous les jours des gens qui n’ont rien demandé.

Ma discrétion est personnelle: le narcissisme de ces artistes qui croient aider la planète en balançant sur les réseaux une vidéo de leurs répétitions ou de leur actions créatives me dépasse. Narcisse est une fleur qui croît près d’une source en sous-bois, Narcisse n’a pas de portable et pas d’internet, mais l’eau courante, le vent et le soleil… Quelle poésie 🙂 

Point 1: Faisant partie de ma démarche, je lis ainsi tous les jours, généralement pendant une heure trente les nouvelles de plusieurs quotidiens internationaux dont les articles scientifiques ou de politique générale sont fiables, de même je lis la presse scientifique. Cela me stresse très souvent, parfois cela m’émerveille, cela me permet de constater la folie médiatique, et surtout cela nourrit mon inspiration, en particulier sur la thématique du jeu entre illusion et perception réelle qui est au coeur de plusieurs de mes séries photographiques.

Des sources d’information correctes existent concernant la Covid19 depuis le début de ce sujet. C’est en les lisant que j’ai ainsi suivi depuis le premier article du 9 janvier 2020 (vu dans cnn.com) toute l’expansion de cette crise pandémique en direct. J’ai constaté qu’on savait très bien dès le début que le masque c’était mieux, ou que tester puis isoler les patients atteints c’était recommandé par l’OMS. Un article publié par le Lancet daté du 24 janvier ne faisait aucun doute sur l’utilité du masque pour limiter le virus ( https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)30154-9/fulltext ). Or, notre gouvernement français a tergiversé de manière inouïe; il était très difficile de rester calme face à la bêtise des déclarations, alors que depuis longtemps les masques sont utilisés en Asie pour éviter la propagation d’infections diverses. Depuis le 10 janvier 2020: The Lancet a mis en ligne gratuitement tous les articles scientifiques concernant le coronavirus. Donc pour info, voici quelques sources d’information fiables et sérieuses:

Revues scientifiques: https://www.thelancet.com/coronavirus ; https://www.nature.com ;  

Quotidiens: South China Morning Post: https://www.scmp.com/ ; Il sole 24 Ore : https://www.ilsole24ore.com/ ;  Neue Zürcher Zeitung: https://www.nzz.ch/

Point Critique: En France, les sources d’informations sont bien trop politisées. La presse française majoritairement soutient le gouvernement actuel, alors que les faits montrent qu’il a plutôt mal limité l’extension de la crise. Parfois les politiques doivent avoir l’audace de prendre des décisions, sans attendre les certitudes du monde scientifique. J’ai vu avec douleur les combats grotesques entre les opposants au Pr. Raoult et ceux qui comme du Dr. Philippe Douste-Blazy voyait l’option d’un traitement plutôt que rien. Certes les sciences sont le lieu de controverses et d’oppositions butées, je l’ai découvert en écrivant ma thèse. Ce n’est pas le meilleur de l’esprit humain. Donner trop d’importance aux sciences et à leur méthodologie doit pouvoir être débattu. C’est le rôle des artistes, des femmes et hommes d’esprit et de foi, des philosophes que de nous donner à entendre d’autres motivations, d’autres modèles pour exercer nos jugements, à la fois en tant qu’individus et en tant que sociétés démocratiques. Il me semble incroyablement violent d’exercer des tests en double aveugle sur des patients atteints d’une pathologie inconnue. Heureusement que je ne suis pas médecin, ni chercheur en biologie… Il me semble inouï que nos autorités aient pu laisser sans assistance tant de personnes âgées dans les EPADH en les privant de soins adaptés. Ce quasi-assassinat par non-assistance me semble particulièrement accablant.

Point 2: Cette crise est environnementale, elle adresse à l’humain la même succession d’événements que la crise des abeilles détruites par le varoa et les néonicotinoides, ou celle de la crise de la bactérie Xylella qui mal gérée est en passe de détruire toute l’oliveraie de la Calabre et des Pouilles et continue de s’étendre… Un agent inattendu dérègle les équilibres fragilisés d’un système artificiel.

C’est peut-être au sein du réel mondialisé que se situe le problème. Le rêve d’un monde universellement mobile et numérisé se heurte à la vérité endémique (locale) des écosystèmes. Autrement dit, les alertes sanitaires physiologiques auraient dû motiver davantage nos sociétés à prévoir des barrières, des ralentisseurs, des espaces intacts, afin de penser un autre modèle mondialisé, davantage tourné vers la réduction des échanges et la production locale. En même temps, lorsqu’on a dit cela on a rien dit, car qui pourrait organiser cela? Autrement dit, l’absence arrogante de remise en question de la dynamique numérique globale, avec ses implications en terme de coût environnemental (utilisation de métaux et de ressources pour produire les équipements par exemple, etc…) est tout à fait manifeste et témoigne de la difficulté à agir pour le bien de l’écosystème.

C’est à travers mes oeuvres que je propose de retrouver une vision où la relation de l’humain avec la nature procède d’un échange et non d’une pure prédation dérégulée. Et après?

Point 3: Oser inventer des rapprochements pour imaginer des solutions- la création est liée à l’intuition:

Si au sein des questions d’écologie on considère les humains comme une autre population animale, il est intéressant de regarder la mondialisation comme une sorte de super-ville qui se déploie dans l’environnement naturel. Les intuitions de l’écologie scientifique nous rappellent que des séries de petites friches dans la ville ne peuvent pas sauver l’écosystème et le régénérer. Créer des circulations entre un système de friche permet de faire circuler la nature, mais ce système manque de résilience en cas d’infestation. Au contraire, de vastes zones naturelles laissées intactes et isolées peuvent créer un maillage qui favorise la persistance de la biodiversité et ainsi limiter les crises sanitaires des écosystèmes… ((Pour se faire une première idée sur de telles hypothèses, voici une recherche prometteuse, toujours en cours: https://lejournal.cnrs.fr/videos/des-oiseaux-dans-la-foret-fragmentee ))

Point 4: Or, notre gouvernement a pris une série de décisions bizarres. Elles montrent les nombreux dysfonctionnement d’un modèle d’administration du pays, qui est à la fois centralisé et délégué à des séries incroyables d’échelons mal coordonnés. Il serait nécessaire de prendre exemple sur les pays dont l’organisation fonctionne. Clarifier la chaîne des décisions permettrait d’autres résultats. Durant ce confinement, comme d’autres, je crée et je continue d’espérer la fin de cette séquence grave. Parfois, je relis cette phrase étonnante du Pape François dans son homélie du 27 mars, puisqu’en effet nous sommes ensemble – en réel– dans cette galère… et qu’elle démasque bien des arrangements bricolés:

La tempête démasque notre vulnérabilité et révèle ces sécurités, fausses et superflues, avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets, nos habitudes et priorités. Elle nous démontre comment nous avons laissé endormi et abandonné ce qui alimente, soutient et donne force à notre vie ainsi qu’à notre communauté. […] À la faveur de la tempête, est tombé le maquillage des stéréotypes avec lequel nous cachions nos “ego” toujours préoccupés de leur image ; et reste manifeste, encore une fois, cette appartenance commune (bénie), à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire : le fait d’être frères.

La fragilité de nos sécurités peut toutefois révéler aussi nos solidités, nos passions vraies, notre résistance à l’ennui et à l’anxiété, ou encore notre capacité de joie, de création et notre humour qu’il soit noir ou multicolore…

Plus que jamais c’est ma démarche de création qui m’anime:  dans les couleurs du dessin, la lumière photographique qui m’entoure, dans la beauté des abeilles sur ce pommier dans la rue d’à côté, la gravité mélodieuse des six Concerti d’Alessandro Scarlatti et les Trois petites liturgies de Messaien que j’écoute sur ma platine vinyle.

Tout est illuminé lorsqu’on arrive à retrouver le contact avec la présence réelle:

Devant le nuage gris et le soleil après la pluie,

Le cerisier frissonne éblouissant de fleurs,

Le vent joueur fait neiger ses pétales.

CONFERENCE

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Deux images de la série Botanica – Margarte-Steffin Str. (Berlin) + Erigeron Annuus (I+D) ©RSgrossmann/Adagp ParisErigeron Annuus avec la fleur et son code couleur

A l’invitation du Département d’Histoire de l’Art de l’Institut Catholique de Paris, je présente ma démarche artistique en relation à la botanique pour les Jeudis de l’Art le 6 février 2020 avec une conférence intitulée: Jouer avec la science: art, botanique et sensation

Programme des Jeudis de l’art, le 6 février 2020: La nature : modèles et mutations

Sciences et techniques ont grandement amélioré les conditions de vie de l’humanité en l’aidant à « maîtriser » et à « posséder » la nature, pour reprendre les mots fameux de Descartes. Mais plus cette maîtrise et cette possession se sont accrues, plus ce rapport à la nature est devenue synonyme d’exploitation plutôt que de domestication.   Aujourd’hui, nous sommes témoins des conséquences de ces dérives sur la planète. Cependant, la culture contemporaine nous rappelle que les sciences ont aussi su étudier le pouvoir créateur et la beauté de la nature, pour l’imiter, la célébrer et la protéger. C’est ce lien positif et créatif entre art, sciences et nature que nous allons explorer grâce aux trois intervenants de cette séance.

Pour commencer, Ralph Samuel Grossmann nous parlera de sa pratique artistique et plus particulièrement de sa série photographique Botanica / Lumière Diffractée qui invente une «   science-fictive   ». À travers elle, il interrogera la limite traditionnellement établie entre le scientifique associé à l’objectivité de la connaissance et l’artiste affilié à la subjectivité des sensations, en nous adressant cette question « l’art comme les sciences n’essaient-elles pas de formuler une représentation symbolique de la réalité ? ». La deuxième intervention sera celle de Hippolyte Pages qui nous fera pénétrer dans le monde occulte de l’alchimie. Bien que cette science, qui a prétendu imiter la nature pour mieux la maîtriser, voire la surpasser, n’ait rien accompli de concret, elle fait toujours rêver et ne cesse d’inspirer la culture. C’est notamment le cas de la sculpture métallique qui sera ici explorée. Enfin, Rodolphe Olcèse nous parlera de la manière dont le cinéma expérimental de Stan Brakhage ou de Chris Welsby prend pour sujet la nature. Entre motifs scientifiques et motifs artistiques, prise de vue documentaire et audace formelle, ces films mêlent science et poésie au nom de l’art, de l’inventivité, de l’expérience. Ces présentations seront suivies de l’habituelle séance de questions-réponses au cours de laquelle nous tenterons de confronter les points de vue et d’engager des débats.

Jouer avec la science : art, botanique et sensation , par Ralph Samuel GROSSMANN
L’artiste métallurgiste, ou la renaissance de l’alchimie , par Hippolyte PAGES
L’observation de la nature dans le cinéma expérimental , par Rodolphe OLCESE

(Communiqué des Jeudis de l’Art, 2020)

Jeudi 6 février 2020 à 18h30 – ICP Paris 74 rue de Vaugirard 75006 Paris
en amphi Paul Ricoeur (bâtiment Z – 1er étage)

ARTEX 2019 – One day Talk & Show: October 11th 2019 @ TOTEM

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A l’occasion de la « Fête de la Science » et à l’invitation de l’Institut des Systèmes Complexes je participe à l’événement ARTEX 2019 au TOTEM 51 Place Nationale (75013) Paris, le Vendredi 11 Octobre 2019. Une exposition d’oeuvres de la série Botanica/Lumière Diffractée a lieu de 14 à 22h et je donnerai à 19h une conférence courte: « La botanique comme terrain de jeu, ou comment l’art dissémine la sensation dans l’objectivité scientifique »;

During the « Science Week », invited by the Institute of Complex Systems, I’m a guest artist at the ARTEX 2019 at TOTEM 51 Place Nationale (75013) Paris, this Friday (October 11, 2019). Some artworks from the Botanica /Diffracted Light series will be exhibited (2-10pm) and I’ll give a talk, at 7 pm: « Botany as a playground, or can Art disseminate sensations into scientific Objectivity? »

https://iscpif.fr/projects/botanica-lumiere-diffractee/

https://iscpif.fr/artex-journee-arts-et-sciences-des-systemes-complexes/page/3/

©Ralph Samuel Grossmann / ADAGP Paris 2019

Dr. Grossmann and Mister Art… Artiste et chercheur – Artist and researcher

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Brève nouvelle: Depuis le 7 décembre 2018, Ralph Samuel Grossmann est docteur de l’Université PSL / Ecole doctorale de l’EHESS.
Il a en effet soutenu à cette date sa thèse consacrée aux archives des Nonsites de Robert Smithson et à la résonance de cette série sur les oeuvres de Giuseppe Penone et Olafur Eliasson. Plus d’infos: http://www.theses.fr/s106320

Just in: Since december 7th 2018, Ralph Samuel Grossmann holds a PhD from PSL Research University / EHESS (Paris France). His dissertation about Robert Smithson’s Nonsites and geosciences was well received by the members of the jury. The dissertation brings in light the artistic practice of Smithson and how he took inspiration from both geosciences and architecture to expand the field of artistic practice. For more informations about the dissertation in english click onto the link and on « Description en anglais » in the page: http://www.theses.fr/s106320